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Secrets d’Art – Le Temps à travers les inscriptions des Catacombes de Paris

Secrets d’Art – Le Temps à travers les inscriptions des Catacombes de Paris
Ania Guini-Skliar – Colloque du CTHS Besançon, 2004

Les souterrains de Paris, ouvrage collectif Ania Guini-Skliar
Les souterrains de Paris, ouvrage collectif Ania Guini-Skliar

L’ossuaire municipal de Paris encore appelé « Catacombes » forme un immense cimetière souterrain situé dans le XIVème arrondissement de Paris, entre la place Denfert-Rochereau et la rue Rémy-Dumoncel. Unique au monde, il renferme les ossements d’environ six millions de parisiens, qui proviennent de plusieurs cimetières fermés au cours du temps pour diverses raisons. http://www.catacombes.paris.fr/

Les Catacombes sont ouvertes en avril 1786 et reçoivent en premier lieu les ossements du très ancien cimetière des Innocents, situé près de l’église Saint-Eustache et qui était tellement saturé qu’il en était devenu au milieu d’un quartier très peuplé, écrit en 1815 Héricart de Thury dans sa Description des Catacombes de Paris, « un effroyable foyer de putréfaction, entretenu pendant plus de dix siècles consécutifs, par toutes les générations de Paris qui venaient successivement s’y engloutir » . Elles ont été aménagées à une profondeur de vingt mètres, dans des anciennes carrières souterraines (et abandonnées) de pierre à bâtir (ou calcaire lutétien), dont est truffé le sous-sol de Paris, du côté de la rive gauche de la Seine. Quand l’exploitation du sous-sol parisien a-t-elle commencé ? Probablement à l’époque gallo-romaine mais il n’en subsiste rien. Puis, tout au long des siècles, les Parisiens ont extrait la pierre pour construire leurs maisons et leurs monuments. En certains endroits, le temps a laissé sa trace : coups d’outils, graffitis etc. Plus encore, il ne faut pas oublier l’âge des pierres : il y a quarante-cinq millions d’années, la mer s’est retirée dans le Bassin parisien et des couches sédimentaires se sont superposées formant ainsi le calcaire lutétien. Ce sont dans ces lieux immémoriaux que reposent aujourd’hui ces six millions de Parisiens.

Mise en place des inscriptions
Un premier aménagement sommaire des carrières pour accueillir les ossements du cimetière des Saints-Innocents est réalisé en urgence en 1786 par Charles-Axel Guillaumot, premier inspecteur général des carrières, architecte et membre de l’Académie Royale d’Architecture. Des remblais sont évacués, des nouveaux piliers de consolidation sont édifiés, l’espace est restructuré succinctement pour la circonstance. Puis, en 1811, les Catacombes sont restaurées par Héricart de Thury, son successeur à l’inspection des carrières et ingénieur des mines. Les derniers transferts d’ossements dans l’ossuaire datent de 1859.

L’objectif d’Héricart de Thury est de redonner aux morts une sépulture digne de ce nom. Il insiste sur le nécessaire respect avec lequel on doit traiter les dépouilles . Il réaménage l’espace, il l’architecture dans cette optique précisément et puis l’ouvre finalement au public. C’est cet aménagement que les visiteurs peuvent découvrir encore aujourd’hui.
Pour cela, Héricart range les ossements, que Guillaumot avait jetés pêle-mêle quelques années auparavant, selon l’un des méthodes d’extraction des carriers parisiens c’est-à-dire la technique par hagues et bourrages : les os sont jetés en vrac (les bourrages qui remplissent les vides) et l’ensemble est retenu par un mur de tibias et de fémurs avec quelques assises de crânes (les hagues ou murs en pierres sèches). L’originalité d’Héricart est d’avoir su allier solidité et mise en scène en utilisant le savoir-faire traditionnel des carriers et en transformant par exemple plusieurs piliers de consolidation en un véritable décor funéraire . Il fait graver sur des plaques de pierre de liais le nom du cimetière et la date de transfert des ossements, il aménage quelques monuments funéraires : croix en pierre, autels, cénotaphes, piliers, etc. Puis, il fait graver, également sur des plaques de pierre, quatre-vingt huit inscriptions ayant pour thème la mort, la condition humaine, le temps qui passe. Ces plaques sont insérées dans les murs en maçonnerie, dans les murs d’ossements ou apposées sur les piliers ou des cippes . Les inscriptions étaient censées faire ralentir le visiteur, l’obliger à réfléchir et à méditer, et en même temps le distraire en quelque sorte de sa vision répétitive et macabre des crânes, des fémurs et des tibias. Héricart de Thury s’en explique très clairement dans le chapitre six de son ouvrage :
« L’aspect lugubre que présentait l’intérieur de nos Catacombes, le sentiment de sombre mélancolie qu’elles imprimaient, la profonde tristesse dont généralement on ne pouvait se défendre dans un lieu où les témoins irrécusables de la plus entière destruction ne permettaient plus aucune diversion, enfin l’idée de tant de générations, dont les restes, entassés dans les entrailles de la terre, semblaient destinés à soutenir sa masse minée, excavée et ébranlée par la main de nos pères, ou venir y cacher leur néant à la nature, me déterminèrent à rompre la sinistre et noire monotonie de cet immense Ossuaire, par des inscriptions puisées dans l’Ecriture sainte, les Poëtes et les Philosophes de tous les âges, et à réunir leurs plus belles sentences sur notre existence, sa fragilité, la mort, et enfin l’espoir d’une autre vie, idée aussi douce, aussi nécessaire qu’elle est consolante pour les malheureux. »

Le choix des inscriptions
Le choix des inscriptions par Héricart de Thury a plusieurs origines :
Tout d’abord, les inscriptions laissées par les visiteurs aux-mêmes. Un livre d’or avait été placé à leur disposition, on pouvait y lire soit des extraits d’œuvres littéraires connues, soit des poèmes improvisés, écrits pour la circonstance. Héricart en a relevé quelques-uns, ceux qu’il a sans doute considérés comme les plus intéressants. Les visiteurs ont aussi écrit des sentences sur certains piliers de soutènement. D’autres inscriptions provenaient elles-mêmes directement de cimetières dont les ossements avaient été transférés aux Catacombes. Par ailleurs, le choix d’Héricart de Thury reflète à la fois les goûts littéraires et philosophiques de l’époque ainsi que ses propres goûts.

Ces inscriptions appartiennent à plusieurs genres : poétique, philosophique, religieux… Les époques représentées couvrent allant de l’Antiquité jusqu’à celle même d’Héricart de Thury, c’est-à-dire le début du XIXème siècle. Il faut néanmoins remarquer qu’à part La Divine Comédie de Dante (1265-1321) et l’Imitation de Jésus-Christ d’un auteur allemand du XVème siècle – texte de piété traduit très rapidement en différentes langues et encore lu aujourd’hui -, le Moyen-Age n’est pas représenté.

De l’Antiquité qui est particulièrement à l’honneur dans l’ossuaire, nous retiendrons deux auteurs Grecs aux genres très différents, Homère (IXème siècle avant J.C.) avec l’Odyssée et le poète lyrique Anacréon (570-485 av. J.C.), bon vivant qui célèbre le banquet, le vin, l’amour et la nature. Parmi les auteurs latins, citons Caton (234-149 av. J.C.) avec « Les Pensées », Cicéron (106-43 av. J.C.), Lucrèce (98-55 av. J.C.) avec De la nature des choses, (L. III : « L’âme humaine. La crainte de la mort »), Virgile (71-19 av. J.C.) avec l’Enéide et Les Géorgiques (l. II), Sénèque, les poètes lyriques Horace (65-8 av. J.C.) et Ovide (43 av. J.C.-17 ap. J.C.), Marc-Aurèle (121-180).

De la Bible, Héricart de Thury a extrait des versets de L’Ecclésiaste, des Psaumes, des livres de Job, de Daniel, d’Ezechiel et de Jérémie. Du Nouveau Testament, nous découvrons des passages des Evangiles selon Saint Jean et selon Saint Mathieu, des Actes des Apôtres. Des textes liturgiques et de piété accompagnent les livres sacrés comme la Messe des cendres et l’Imitation de Jésus-Christ .

A partir du XVIème siècle, Héricart de Thury a essentiellement choisi des œuvres poétiques. Pour le XVIème siècle, Malherbes, pour le XVIIème siècle, Jean Racine (traduction des Psaumes), Jean de La Fontaine (La mort et le bûcheron ; La mort et le mourant) et Philippe Habert (1606-1638) (Le temple de la mort). Les XVIIIème et XIXème siècles sont représentés par Jean-Baptiste Rousseau (1671-1741, surnommé « le Grand Rousseau » ) (Ps. XLVIII Sur l’aveuglement des hommes du siècle), Gabriel-Marie-Jean-Baptiste Legouvé (1764-1812), Nicolas Gilbert (1750-1780) (Le jugement dernier), Jean-François Ducis (1733-1816), Jean-Antoine Roucher, Jean-Jacques Le Franc de Pompignan (1709-1784), Antoine Marin Lemierre (1723-1793), Jacques Delille (l’Abbé Delille) (1738-1813) traduction de L’Enéide de Virgile, Charles-Louis Malfilatre (1732-1767) (Le soleil fixe au milieu des planètes), Giorgi di Bertola (Italie, 1778) (Les nuits clémentines : mort du pape Clément XIV).

Le thème du Temps
A travers cet édifiant épitomé, Héricart de Thury a cherché à décliner de toutes les façons possibles le thème du Temps qui passe, thème universel, et qui, aux Catacombes de Paris, à vingt mètres sous terre, s’inspire de la présence des ossements de six millions de personnes. Un savant mélange de pensées tour à tour remplies d’espoirs ou de désespoirs rythme la visite souterraine, alimente les réflexions et les méditations et force à détourner le regard de la contemplation des têtes de mort. Un classement des aspects multiples de ces citations est possible mais il ne peut être rigoureux. Il n’y a guère de logique dans l’ordre choisi par Héricart de Thury, seulement des stances et des refrains qui se complètent ou se contredisent.

En voici quelques exemples :

Le Temps est lié à la condition humaine :
« Insensé que vous êtes, pourquoi vous promettez-vous de vivre longtemps, vous qui ne pouvez compter sur un seul jour ? » Et si vous l’aviez oublié, voilà un rappel à l’ordre intempestif certes mais ô combien réaliste : « Pensez le matin que vous n’irez peut-être pas jusques au soir et le soir que vous n’irez peut-être pas jusques au matin ». Cette dernière phrase est sensiblement celle qui frappe le plus les visiteurs d’aujourd’hui. Ces deux sentences sont tirées de l’Imitation de Jésus-Christ. Texte chrétien certes, mais ce qu’Héricart a extrait de cet ouvrage concerne en fait l’ensemble de l’humanité, l’humble condition humaine, indépendamment de toute croyance.
Un poème de Gabriel-Marie-Jean-Baptiste Legouvé, (1764-1812) est tout aussi lucide mais en plus désespéré. Le Temps est ici un tyran, cruel et intraitable, régnant sur un royaume immense :
« Tel est donc de la mort l’inévitable empire !
Vertueux ou méchant, il faut que l’homme expire :
La foule des humains est un faible troupeau,
Qu’effroyable pasteur, le Temps mène au tombeau. »
Un certain nombre de poètes, soit contemporains d’Héricart de Thury, soit ayant été célèbres et très appréciés dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle sont présents dans les Catacombes. Un cénotaphe aménagé dans une petite crypte illustre bien cet aspect : il a été construit en hommage à un poète disparu à l’âge de trente ans en 1780, Nicolas Gilbert, et sur lequel Héricart a fait graver quatre vers de son dernier poème intitulé Ode imitée de plusieurs psaumes :
« Silence, êtres mortels ! Vaines grandeurs, silence !
Au banquet de la vie, infortuné convive, j’apparus un jour et je meurs :
Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j’arrive,
Nul ne viendra verser des pleurs. »
Le profond silence qui règne ici, à vingt mètres de profondeur, et sans doute le seul vrai silence existant à Paris, est également une réelle source de recueillement et de méditation sur la signification du Temps. Là-haut, nous courons tous après mais ici, il est suspendu…

– Le Temps se montre donc très souvent impitoyable et inhumain, les exemples ne manquent pas quand il nous dit : « Mortel qui ne sait pas ce que vaut un instant, cours le demander à l’homme étendu sur son lit de mort » (Imitation de Jésus-Christ).
Les deux vers suivants sont de Lemierre, poète du XVIIIème siècle et vous rappelle à l’ordre au cas où vous vous seriez égaré dans vos illusions :
« C’est dans ces lieux d’oubli, c’est parmi ces tombeaux
Que le Temps et la Mort viennent croiser leurs faux ».
Si vous êtes un peu trop vaniteux, si vous avez oublié les principes d’égalité face à la mort, voici également de quoi vous faire méditer, une inscription gravée sur un petit pilier triangulaire appelé « croix du memento » :
« Memento, homo quia, pulvis es, et in pulverem reverteris : Mortel, souviens-toi que tu n’es que poussière et que tu dois retourner en poussière. »

Le Temps ouvre sur l’Eternité, car dit Saint-Ephraïm de Syrie (premiers siècles du christianisme) : « Le tombeau communique avec l’Eternité ».
– Mais d’abord, il mène à la destruction, comme nous le rappelle ce verset tiré des Psaumes : « La vie de l’homme passe comme l’herbe des champs ; elle brille comme une fleur dans la campagne : un vent souffle, elle se dessèche ; il n’en reste aucune trace dans le lieu même où elle était née. » (Psaume XII, v. 15 et 16). Il mène aussi à l’oubli : « Ma vie s’est écoulée avec la rapidité d’un torrent et mes os ont été dispersés » (Psaume XXI, v. 14).
– C’est pourquoi, nous devons profiter de tous les bonheurs que la vie nous offre, quelques inscriptions insistent sur ce point, extraites des œuvres d’Anacréon ou encore de celles de La Fontaine.
– Ce qui oblige les hommes à se faire une raison et à adopter une attitude de sagesse : « La mort ne surprend point le sage;
Il est toujours prêt à partir,
S’étant su lui-même avertir
Du temps où l’on doit se résoudre à ce passage » (Jean de la Fontaine, La mort et le mourant, Livre VIII, I).
– Mais il sait aussi et heureusement provoquer l’Espérance par la promesse de la Résurrection. Encore une porte ouverte sur un autre Temps. Et c’est avec les paroles du prophète Ezéchiel annonçant la résurrection des morts que nous sortons de l’ossuaire par une porte en fer pour nous retrouver dans une galerie de l’Inspection Générale des Carrières :  » ossements desséchés, écoutez la parole de Yahvé. Voici que je vais faire entrer en vous l’esprit, et vous vivrez. Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai pousser sur vous de la chair, je tendrai sur vous de la peau et je vous donnerai un esprit, et vous vivrez » (Ezéchiel, 37, 1-14).

Préromantisme, sensibilité exacerbée ou rappel d’un certain épicurisme, caractéristique de l’Antiquité, la vision de la mort telle qu’on la découvre dans l’ossuaire témoigne aussi de l’air du temps ainsi que de la culture littéraire du début du XIXème siècle. L’esprit parfois un peu macabre, profondément tristes, tous ces auteurs expriment à leur manière la sensibilité à fleur de peau de l’époque post-révolutionnaire et celle des guerres napoléoniennes, périodes très éprouvantes et traumatisantes par la présence insistante de la mort et de ses ravages.

La mort, manifestation du temps qui passe, est présentée à travers les inscriptions choisies par Héricart de Thury sous divers aspects et relèvent de différentes explications. Elle peut être :
– une fin en soi
– un oubli, un « sommeil sans réveil »
– un passage vers l’Eternité, vers un Temps transcendé
– une opération naturelle et cyclique, une sorte de retour à la terre
– une question dont on attend toujours la réponse
– une divinité cruelle à laquelle les hommes sont obligés de sacrifier
– le moyen de prendre conscience de sa petitesse, c’est-à-dire une vraie leçon d’humilité, et qu’on s’empresse bien évidemment d’oublier une fois remonté à la surface, à la lumière du jour. Cette leçon d’humilité prend tout son sens lorsque nous nous trouvons face au pilier de l’Imitation (nommé ainsi à cause des sentences tirées de l’Imitation de Jésus-Christ) : « Heureux celui qui a toujours devant les yeux l’heure de sa mort et qui se dispose tous les jours à mourir. Pensez au matin que vous n’irez peut-être pas jusques au soir et au soir que vous n’irez peut-être pas jusques au matin. Insensé que vous êtes, pourquoi vous promettez-vous de vivre longtemps, vous qui ne pouvez compter sur un seul jour ? » (l’Imitation de Jésus-Christ (De imitatione Christi), vers 1400, sans doute rédigé par Thomas A Kempis, moine allemand du XVème siècle).

Carrière souterraine de Paris

La notion du Temps peut aussi s’appréhender autrement dans les Catacombes, par un biais cette fois-ci historique et archéologique, et accompagne constamment les visiteurs en rythmant leur promenade souterraine : de très anciens témoignages de l’exploitation de la pierre à Paris apparaissent sur les piliers tournés , sur les fronts de taille ou au ciel de la carrière . Ces témoignages historiques se matérialisent sous la forme d’inscriptions au noir de fumée ou à la mine de plomb : dates (celle de 1586 par exemple indique que la carrière était en cours d’exploitation cette année-là), signatures de carriers ou de tailleurs de pierre, dessins, comptes de pierres, marques de propriétaires , signes relatifs aux techniques d’extraction proprement dites etc., ou encore, s’expriment par des traces d’outils imprimées dans la roche.
Durant des siècles, les hommes ont créé du vide à vingt mètres sous terre pour construire les maisons des vivants à la surface. Puis, pour diverses raisons, géologiques, économiques, politiques, familiales etc, ils arrêtèrent l’exploitation et abandonnèrent les lieux. Mais plus tard, d’autres hommes les redécouvrirent – et la nature ayant horreur du vide – les remplirent avec les ossements des morts pour lesquels on avait justement auparavant construit des maisons au-dessus. Les vivants avaient creusé eux-mêmes leur tombe en édifiant leurs habitations.
C’est un étrange aller et retour à la fois physique et symbolique que l’on découvre à travers l’histoire de ces lieux souterrains : masse pleine de roche, vide creusé par les hommes vivant à la surface, puis comblement par les ossements de ces mêmes hommes une fois passés de vie à trépas. La notion du Temps est très chahutée aux Catacombes. Un travail plus approfondi mériterait d’être effectué afin de mieux déchiffrer ce complexe tissage de définitions qui s’entrecroisent, de la pierre aux ossements et des ossements à la pierre. Ici, il est impossible de séparer cette notion de la définition et de la signification de l’espace « carrière », avec tout ce que cela implique comme temps différents qui se télescopent sans cesse. Le Temps n’est pas seulement présent dans les inscriptions, il est partout, dans les murs, dans les os, dans les piliers, dans l’obscurité et le silence.
Lorsque nous descendons aujourd’hui dans les Catacombes, nous sommes frappés par la solennité du lieu, romantique par excellence, par ces entassements d’ossements humains, par ces sentences sur la mort et ce Temps qui, implacablement, nous rattrape. Nous ne pouvons pas ne pas être saisis par la vérité toute simple exprimée là dans l’obscurité, la solitude et le silence. La notion du Temps est partout, le lieu est très ancien, il a servi à la construction de la ville, les ossements sont également très anciens, certains datent du Moyen-Age, leur installation dans cet espace souterrain a déjà deux cent ans. On y trouve les traces de tout ce passé, du graffiti du carrier du XVIème siècle à celui des ouvriers de l’Inspection Générale des Carrières au XIXème siècle.
Pour terminer, laissons parler les contemporains d’Héricart de Thury, ceux qui descendaient dans les profondeurs parisiennes avec respect et recueillement et qui inscrivaient leurs pensées du jour ou retranscrivaient des textes d’auteurs sur le livre d’or des visiteurs :
« O vous qui voyez la lumière !
Ne troublez point des morts le lugubre séjour.
Vous n’êtes comme nous que cendre et que poussière;
Peut-être touchez-vous à votre dernier jour ».
(Houguenague-Daufresne )

Secrets d’Art – Le Temps à travers les inscriptions des Catacombes de Paris
Ania Guini-Skliar – Colloque du CTHS Besançon, 2004

Transmission des Savoirs culturels & historiques